Vous êtes vous déjà demandé comment le cheval voyait, entendait, sentait, touchait, goûtait le monde qu'il partage avec nous ? Nous vivons dans le même environnement, mais nous le percevons bien différemment ! 

Il est utile d'en prendre conscience et de connaître les caractéristiques du monde sensoriel du cheval, et d'en tenir compte au quotidien. Cela permet d'être moins étonné de leurs réactions parfois, d'améliorer leurs conditions de vie, de savoir comment être plus facile à "capter" pour eux et mieux communiquer. 

SOURCES (sans compter une tonne de pages web) :

> Vidéos : consultables sur ce site : Le cheval, un être intelligent et La vision du cheval 

> Site : La Cense, avec une super vidéo 3D pour voir "comme un cheval" (<< Clic)

> Livre : Cheval qui es-tu ? de M.A Leblanc, M.F. Bouissou et F. Chéhu

> Livre : L'esprit du cheval - de M.A. Leblanc

> Livre : Comportements et postures - de H. Roche

> Livre : Le comportement des chevaux - de M.K. Worthington

> Livre : Psychologie et comportement du cheval - de D. Gossin

Même si nous n'avons pas toutes les données anatomiques, physiologiques et comportementales nécessaires à la connaissance complète du monde sensible du cheval, il y a une chose qui est sûre : Il est très différent du nôtre ! 

Seul le cheval peut nous faire comprendre à travers son comportement ce qu'il perçoit, ce qu'il apprécie, ce qui peut garantir son bien-être ou le compromettre.

C'est sa nature de proie et d'animal grégaire qui a "façonné" le cheval tel qu'il est. La survie avant tout, il vaut mieux fuir à une distance respectable de la menace éventuelle Puis l'observer et prendre les informations. 

Comme chez les humains, il y a des différences individuelles entre chaque cheval, dès la naissance ou avec des accidents, maladies, âge... Et la prise d'information se fait par une combinaison des sens. 

Type de phrases autant prononcées qu'entendues : "Pourquoi tu as peur, il n'y a rien là !" "Qu'est-ce que tu regardes ?" "Hé, c'était quoi cet écart ?" "Sérieusement, on panique pour ce caillou ?" 

Il n'y a peut-être rien POUR NOUS. Mais qui pourra jurer qu'il n'y a rien POUR LUI/ELLE ? 

Let's go ! A la découverte de ce monde étrange et fascinant ! L'ordre choisi n'est pas par "importance",
tous les sens fonctionnent ensemble de toute façon à chaque instant. 

I - La Vision du cheval

Le cheval est l'animal qui possède l’œil le plus volumineux par rapport à son poids et le plus gros des mammifères terrestres. 

(Savez-vous quel animal a le plus gros oeil du monde ? Le calmar géant ! Les yeux des autruches, des baleines et des phoques sont aussi plus gros que ceux du cheval.)

Le globe oculaire du cheval est est formé de trois couches membraneuses : 

1) La couche externe qui se compose elle-même de deux éléments distincts : la cornée, transparente, en avant, et la sclérotique, opaque et résistante, en arrière.

2) La couche moyenne, ou choroïde, forme l'iris, qui entoure la pupille et donne sa couleur à l’œil.

3) La couche interne, ou rétine, est la membrane sensible de l’œil ; elle transmet les impressions visuelles au nerf optique.

 

Le globe oculaire est protégé par deux paupières, un corps clignotant et des glandes lacrymales.

C'est l'iris qui donne sa couleur à l’œil (doré, marron, bleu en cas de dépigmentation) 

Parenthèse dessin :

Oui mon cheval est violet/rose.

D'autres questions ? 

Les yeux du cheval sont placés en position latérale sur la tête, font relativement saillie et peuvent tourner dans leur orbite, ce qui permet un champ global de vision extrêmement large, presque un cercle complet (vision "panoramique").

Chaque œil couvre un champ monoculaire de 146° en moyenne. Bien qu'elle soit moins précise et tridimensionnelle que la vision binoculaire, il a été prouvé qu'avec un seul œil les chevaux ont quand même une notion de profondeur. 
(La première fois que j'ai sauté des obstacles fixes, c'était avec un cheval borgne qui s'en sortait parfaitement bien malgré sa particularité.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers l'avant et orientée vers le bas, le champ binoculaire d'environ 70° qui lui permet de voir avec précision notamment le sol et la végétation devant lui. Cette zone perçue par les deux yeux à la fois permet aussi une meilleure appréciation des distances, et des profondeurs. 

L'orientation naturelle de la vision du cheval vers le bas signifie qu'en étant placé chanfrein à la verticale, il ne voit devant lui que ce qu'il a juste devant ses pieds et pas plus. Alors imaginez "encapuchonné", tête dans la poitrine, avec une superbe vue sur... ses jambes ? Confort, confort. 

Vous aurez peut-être envie aussi à l'obstacle de permettre au cheval d'évaluer la distance, le type de l'obstacle à franchir et le saut qu'il aura donc à faire, en lui laissant prendre une position favorable de l'encolure et de la tête ? 

Cheval en main (Alizée Froment) / Cheval encapuchonné (inconnue) / Ninja qui voit bien son obstacle (Voir Ninja sur fb)

Il existe des zones aveugles pour le cheval :

- Vers l'arrière, une étroite bande de la largeur du corps est invisible si le cheval à la tête droite vers l'avant. C'est pour cela qu'on apprend très vite qu'il faut éviter d'aborder un cheval par l'arrière, ou de passer derrière lui sans le prévenir.

- Une autre est perpendiculaire à son front.

- Une autre encore sous ses naseaux et jusqu'à 2m devant lui car le bout de son nez fait écran a sa vision. Il aura probablement envie de baisser la tête pour mieux voir une grille ou un fossé au-dessus duquel il doit passer.

Lorsqu'on propose un bout de carotte ou un bonbon à un cheval dans la main devant son nez, il ne le voit pas, la prudence est donc de mise également pour les mains. 

- Il ne voit pas non plus facilement au-dessus de lui, sauf en levant haut la tête. Cela demande une grande confiance d'entendre et de sentir tout ce qu'un cavalier peut faire en selle (ou pendant les habituations à pied) sans chercher d'informations visuelles.  

Il compense cependant ces zones aveugles par des mouvements de tête ou les vibrisses tactiles.

La vision d'un cheval "au repos" ne sera pas une vue distincte de ce qu'il a juste en face de lui, mais une vue assez limitée en hauteur et largement panoramique. 

Dans l'oeil du cheval nous pouvons observer une bande horizontale étroite, elle mesure environ 1/10ème de la hauteur de la rétine et correspond à la fovéa chez l'homme (petite zone circulaire au centre de la rétine où notre vision est la plus nette). Chez le cheval elle est également à proximité du centre de la rétine, et c'est sur cette bande visuelle étroite que l'acuité visuelle est bonne, au-dessus et au-dessous, la vision est plus floue. 

La pupille du cheval se rétracte en dormant une bande horizontale étroite, ce qui lui permet de conserver sa vision étendue en cas de luminosité intense.

Une étude micro-anatomique des tissus rétiniens effectuée par Marion Ehrenhofer et une équipe allemande permet de supposer que la vision périphérique du cheval est assez brumeuse, mais avec une très bonne perception du mouvement des objets et des formes. 

Quand vous êtes à cheval et que vous sentez votre cheval devenir nerveux ou même faire un écart, cela peut être du à un mouvement perçu par lui et qui n'est pas dans votre champ de vision. 

Accommoder sa vision dynamique ? 

Si vous regardez un objet proche et un autre objet dans la même direction placé plus loin, vous pouvez alternativement voir avec netteté l'un ou l'autre, mais pas les deux à la fois. C'est la forme de notre cristallin qui se modifie pour permettre cela. 

Etudes en cours, mais il semble que le cheval a pour sa part une faible capacité à accommoder sa vision dynamique à la distance des objets qu'il regarde en modifiant la forme de son cristallin et donc sa convergence.

Acuité visuelle du cheval ? 

L’acuité définit la capacité de l'œil à discerner des objets, à en distinguer les détails. Ceci est mesuré par la distinction de rayures noires et blanches. 

L'acuité visuelle du cheval est inférieure à la notre d'environ 40%. Il pourra donc voir un objet avec les mêmes détails que nous mais seulement lorsqu'il en est environ 2 fois plus proche ! 

Comme pour les humains, tous les chevaux ne sont pas égaux à ce niveau là. 

Pour info, les chiens ont une acuité visuelle plus faible que les chevaux, et les chats deux fois plus faible que les chiens ! (C'est fou non ?) 

Oeil droit - oeil gauche, deux mondes ?

Pourquoi un cheval réagit-il comme s'il découvrait un objet à sa gauche alors qu'il l'a déjà vu à droite ?

(aller - retour en balade par exemple, habituation à un objet nouveau).

Evelyn Hanggi (une scientifique californienne) a montré qu'un cheval ayant appris à distinguer deux stimulus visuels en lui masquant un œil est immédiatement capable de la même performance quand on change d’œil masqué. Donc les deux hémisphères cérébraux sont bien relié et fonctionnent de façon coordonnée. 

Selon les connaissances actuelles, donc... Je viens de lire un pdf présentant le travail de Michael Geitner qui n'a pas l'air convaincu : "Les hémisphères gauche et droit ne sont en effet quasiment pas reliés entre eux, c’est pourquoi le cheval doit être stimulé des deux côtés. Il réagit d’ailleurs différemment à un même objet selon s’il le perçoit de l’œil gauche ou de l’œil droit. L’œil gauche étant relié à l’hémisphère droit et l’œil droit à  l’hémisphère gauche, cela entraîne des problèmes de transfert. Les informations enregistrées par l’œil gauche et transmises à l’hémisphère droit ne peuvent être transférées à l’hémisphère gauche. De plus, les chevaux ont souvent un œil  „faible“ et un œil „fort“." 

La question demeure donc. Une idée parmi d'autres peut-être que les chevaux n'ont pas forcément prêté attention à l'objet en question quand ils le croisent dans un sens et donc le découvrent de l'autre œil. 

C'est lié également aux zones spécialisées du cerveau qui traite l'information de façons différentes. Pat Parelli présente une façon de catégoriser les chevaux en : cerveau gauche ou cerveau droit, intro ou extraverti, mais il précise bien que c'est une formulation simpliste pour être claire. Car personne ne sait, officiellement, de quoi ni comment s'occupe vraiment chaque partie du cerveau du cheval (déjà pour l'humain c'est encore un méga sujet de recherche aussi). 

Par contre, une étude de l'université de Rennes démontre que les chevaux (en particulier les poulains) préféreraient pour la plupart observer les choses nouvelles ou des humains à l'approche de leur oeil gauche. Les chercheurs constatent en effet ayant davantage de réactions d'évitement ou de fuite lorsque c'est l’œil droit qui les perçoit. 

Vision des mouvements :

 

Le cheval bat largement les humains en ce qui concerne la vitesse de défilement des images. Il est capable de percevoir des mouvements que nous ne remarquerions absolument pas, parce qu’ils défilent trop rapidement pour notre œil.

 

Par exemple, en voiture, dès que l’on roule vite, nous n’arrivons pas à avoir une image nette de ce qu’il se passe autour de nous, alors que le cheval lui le pourrait s'il était à notre place.

Attention donc, cela signifie que lorsque vous approchez un cheval : un mouvement "normal" pour vous peut lui sembler brusque.

 

Pour illustrer cela nous pouvons évoquer l'exemple de Hans le malin, un cheval qui pouvait épeler des mots ou donner le résultat d'opération mathématiques proposées par son maître puis par des scientifiques. Il donnait la réponse en tapant son sabot au sol.

Il s'est  finalement avéré qu'il percevait des mouvements involontaires de la tête et du tronc des questionneurs. L'amplitude de ce mouvement imperceptible aux humains ? : entre un quart de millimètre et un millimètre et demi, signal qui le fait commencer à taper du sabot... Il saisit un léger mouvement de recul de la tête encore plus fin, lorsqu'il approche de la solution et doit donner le dernier coup de sabot. 

Dingue, non ? 

Et encore, c'est la solution que les humains ont pu mettre à jour, qui sait s'il n'y avait pas encore autre autre chose qui est resté invisible à la science humaine mais qui a permit à Hans de répondre ? 

Le cheval perçoit aussi les reliefs

Vision des couleurs : 

Difficile question que celle de la perception des couleur chez le cheval! Il est rare que deux livres soient d'accord sur les résultats des études en ce domaine bien précis. Malgré la simplicité supposée des tests, à savoir: apprendre à un cheval à indiquer qu'il reconnaît une couleur, on ne peut être sûr, même lorsque le cheval réagit, finalement on ne peut être sûr que ce soit bien la Couleur qu'il reconnaît, et  non pas seulement une nuance de gris plus lumineuse qu'une autre.

Cela fait tout de même une différence de fond...

Ce qui est certain pour tout le monde, c'est que le cheval distingue beaucoup moins de couleurs que les humains, et cela s'explique biologiquement.

En effet, la rétine du cheval comporte notamment deux types de cellules sensibles : les bâtonnets qui réagissent à l'intensité lumineuse et servent à distinguer la forme globale des objets, permettent la vision nocturne, et les cônes qui avec plus de lumière permettent une vision fine et une réponse de couleur grâce à des pigments sensibles à certaines couleurs.

L'homme   est trichromate, ce qui veut dire qu'il est normalement équipé de 3 sortes de cônes, il peut ainsi voir 4 couleurs "primaires" : rouge, vert bleu et jaune et une centaine de déclinaisons et de combinaisons.

Le cheval, lui est dichromate. Un neurobiologiste américain, Joseph Carroll, a montré qu'il n'est équipé que de deux sortes de cônes, dont les pigments seraient particulièrement sensibles au bleu et au jaune. Les gammes de couleurs sont donc restreintes, ils perçoivent beaucoup de nuances de gris ou des versions délavées des couleurs mieux perçues.

Dans Cheval qui es-tu : Testé par David Pick et confirmé par Brian Timney : les chevaux auraient une capacité à distinguer le rouge et le bleu du gris, les résultats concernant le vert et le jaune ont été plus hétérogènes. 

Pour d'autres sources, le cheval ne pourrait pas voir le rouge. 

Ça laisse du suspens ! ^^

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vision nocturne :

 

Comme le chien ou le chat, le cheval voit mieux que nous dans l'obscurité (survie nocturne) grâce au tapetum lucidum qui réfléchit la lumière sur les nombreux bâtonnets et l'amplifie. (c’est elle qui est responsable de la réflexion de l’œil dans la nuit lorsqu’il est éclairé)

 

Mais son adaptation aux variations d'éclairage est plus lente que la nôtre : il reste aveugle en passant de la lumière à l'ombre quand nous sommes déjà adaptés.

Quand un cheval à la lumière du jour doit rentrer un van, il est probable que celui-ci représente pour lui un «trou noir». C’est pourquoi les chevaux ont naturellement peur de monter dans un van. Un van éclairé de l’intérieur, permet de faciliter l’embarquement. 

Le cheval est également plus sensible que nous aux contrastes et aux reflets. Donc traverser une simple bâche quadrillée noire et blanche peut lui demander de grands efforts, et sa perception de l'eau est certainement différente de la notre, d'où ses hésitations à entrer dans une flaque, un gué, une rivière... 

2 - L'ouïe du cheval

Dans "L'esprit du cheval" et dans "Le comportement des chevaux", (entre autre) vous trouverez en détail les explications de chaque petit bout de ce dessin et le fonctionnement de l'audition équine. 

Mais je ne peux pas vous laisser comme ça sans répondre à une question ici même : Pourquoi, mais POURQUOI la trompe d'Eustache communique-t-elle avec les fosses nasales ?! vous demandez-vous avec angoisse ! 

Réponse de M.A. Leblanc : 

"La trompe d'Eustache est en communication avec les fosses nasales par l'intermédiaire du rhinopharynx ; normalement fermée, elle s'ouvre à l'occasion de la déglutition et du bâillement en laissant passer de l'air, ce qui permet de rétablir autant que de besoin l'équilibre de pression entre les faces internes et externes de la membrane du tympan, permettant à celle-ci de vibrer librement." 

(tadaaam) 

Les chevaux et les humains perçoivent et produisent une gamme de sons assez semblable. Tant mieux pour nous, cela fait un outil de plus pour communiquer avec eux. Deux en fait, car nous aurons du mal à signifier grand chose par le placement de nos oreilles, mais la lecture des mouvements des oreilles des chevaux est une mine d'informations en temps réel sur ses ressentis, son humeur ou la cible de son attention ! 

Les oreilles du cheval sont en effet extraordinairement mobiles, mobilisées par seize muscles, elles peuvent bouger indépendamment l'une de l'autre, dans n'importe quelle direction. (Humain : 3 muscles atrophiés pour mobiliser nos oreilles...)

Ainsi le cheval qui perçoit un léger bruit commence généralement par faire pivoter le pavillon de l'une de ses oreilles dans la direction d'où il semble provenir. 

Il existe un réflexe global d'orientation, grâce à des connexions nerveuses entre le système visuel et auditif : A la suite de stimulus auditifs qui suscitent une réaction émotionnelle (de curiosité ou d'inquiétude), les chevaux orientent automatiquement les oreilles Et le regard vers la source. C'est un genre de système d'alerte coordonné, qui permet d'assurer notamment une détection précoce de dangers éventuels. 

Acuité auditive :

 

Par rapport à un humain, le cheval entend moins bien les sons très graves, et il est moins sensible aux sons médiums à faible intensité. Cependant il a une perception plus étendue des sons aigus. 

Il perçoit des ultra-sons qui nous sont inaudibles, ce qui peut encore une fois provoquer des réactions "incompréhensibles", par exemple quand il entendra un sifflet de chien de chasse... 

(Les chiens et les chats entendent des ultra-sons 2,5 fois plus aigus que les chevaux, encore). 

Par contre, c'est amusant pour l'expression des "chuchoteurs", les murmures et chuchotements semblent inaudibles au cheval ! En effet, si l’oreille humaine est capable de percevoir une voix d’homme à un très faible volume, 4 décibels à peine, il faut monter un peu plus le son pour que le cheval l’entende à son tour : 18 décibels au moins sont nécessaires !

Schéma de : L'esprit du cheval - M.A Leblanc

Le cheval a une audition adaptée pour être alerté des approches furtives, par les bruissements riches en sons de fréquences élevées, et pour les émissions sonores par lesquelles il communique avec ses congénères. 

Localisation des sons : 

Alors là, je ne vous offrirai aucune certitude, parce que j'ai lu (et relu) tout et son contraire. Vu les oreilles mobiles et grandes, on pourrait supposer que la localisation précise d'un son par le cheval est aisée, et d'ailleurs plusieurs sources l'affirment. 

Mais ce n'est pas la conclusion de toutes les études en cours. A suivre, donc. 

Reconnaissance individuelle :

L'expérience a été réalisée, un cheval a été placé à égale distance de deux humains, un connu et l'autre non. Lorsque la voix de l'homme qui connait est diffusée par une enceinte, il se tourne vers lui et reste attentif un moment. Quand c'est la voix de l'autre homme, il met plus de temps à le regarder, et se détourne plus vite de lui. 

Cela a aussi été fait avec deux personnes connues du même cheval, et preuve a été faite que l'animal associe bien la voix au bon humain. 

3 - L'odorat du cheval

Coca et Chams en prise contact naso-nasale, au Club hippique des Nations (Bénin)

L'odorat de l'humain semble être bien moins sensible et exploité que chez beaucoup d'autres animaux y compris le cheval. 

Ce dernier serait plus proche des grandes capacités du chien que de celles de l'homme (cela dit, les études sont toujours en cours, on ne connaît pas encore bien l'odorat du cheval.. ni des autres. En 2007, des chercheurs ont prouvé que l'homme pouvait comme le chien "suivre une piste" le nez au sol, et avec de l'entraînement arrivent à faire le trajet en moins de temps que les chiens !). 

Le nez du cheval s'étend sur la longueur du chanfrein ; il est formé de deux fosses nasales séparées par le septum nasal. L'air entre par les naseaux, il est filtré par les poils. 

Les chevaux ne peuvent à priori respirer que par le nez ! La conformation du voile du palais venant s'ajuster trop étroitement à la base de l'épiglotte les empêchent de respirer par la bouche.

L'organe voméro-nasal dit aussi organe de Jacobson (d'après le biologiste qui l'a décrit) : 

 

Il est situé à proximité de l'extrémité postérieure de la cavité nasale [... Je l'ai placé selon cette indication sur le schéma d'en-dessous, si vous savez mieux le situer, je vous serai vraiment reconnaissante de me le faire savoir afin que je modifie mon dessin (Car cela me perturbe depuis que j'en ai entendu parler la première fois, sans jamais être sûre d'où cet organe se situait...)] 

Il est à priori comme atrophié chez l'humain et inactif, mais si vous voulez vous amuser à en être sûrs, bonnes lectures ! 

Il sert chez le cheval à détecter certains composés chimiques émis par d'autres individus, des phéromones (mais peut-être aussi des odeurs "normales", remise en question actuelle des chercheurs), se livrant pour cela à une mimique particulière que l'on trouve généralement drôle : le Flehmen

Le cheval commence par renifler profondément la source de l'odeur, puis relève la tête, l'encolure et aussi la lèvre supérieure qui découvre alors les dents et les gencives. 

Le flehmen survient fréquemment pendant les périodes de chaleurs des juments, mais dans des situations variées également, et il peut être fait par les femelles comme les mâles, poulains ou adultes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des chercheurs suédois ont démontré que le siège de la perception des phéromones se tenait dans une zone particulière du cerveau, l'hypothalamus, qui n'intervient pas habituellement dans l'odorat, mais joue un rôle important sur le plan des émotions et des comportements sexuels. Contrairement aux odeurs, cette perception ne passe pas par le cerveau conscient - le cortex - elle est reliée au cerveau inconscient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reconnaissance individuelle : 

Non seulement le cheval reconnaît ses compagnon par leur odeur, mais il peut aussi juger de leurs dispositions. Il est sensible à l'état émotionnel des autres membres du troupeau, et également des humains qu'il peut fréquenter dans sa vie domestique : par les variations physiologiques et les sécrétion des glandes sudoripares. 

Flairage mère - poulain : 

Expérience de M.A. Leblanc et M.F. Bouissou : Ils ont mis des juments en position de choisir entre deux poulains du même âge (de 1 à 2 semaines) dont l'un est le leur. Si la vue et l'ouïe constituent des indices de reconnaissance, c'est le flairage qui est décisif pour la reconnaissance individuelle effective. 

Cette reconnaissance est un apprentissage, de fait les juments qui viennent de mettre bas maintiennent un lien très étroit et exclusif avec leur poulain pour que celui-ci soient capable de les reconnaître, quelques jours sont nécessaires. 

Les poulains qui viennent têter sont reniflés par la jument, et si la mère ne reconnaît pas son petit elle le renvoie sans ménagement. 

(On tente pour cela "d'imprimer" l'odeur d'une potentielle maman de substitution sur un poulain orphelin pour qu'il soit accepté)

Comportements sexuels : 

Le flairage de l'urine d'une jument par l'étalon le renseigne sur son état hormonal et donc les éventuelles chaleurs à venir ou présentes. 

Traces laissées par les autres chevaux : 

Marquage par des piles de crottins, zones de roulades.. Autant d'informations à disposition de naseaux.

Un nouveau venu dans le troupeau pourra améliorer ses chances d'être accepté en allant se rouler au même endroit que les autres membres (si endroit spécifique il y a), pour s'imprégner de leurs odeurs. 

Il existe une habitude de recouvrement des crottins, par l'étalon mais aussi hongres, dont les raisons ne sont pas encore vraiment élucidées : masquer l'odeur des juments pour les rivaux, intimidation, il existe un ordre hiérarchique concernant celui qui dépose sa marque en dernier sur le tas... 

Est-ce qu'un cheval peut prendre peur à cause d'une odeur ? Des expériences ont été menées, qui concluent que non, l'odeur inconnue (d'un prédateur, d'un autre cheval...) ne provoque pas de grosses réactions de peur chez le cheval, si elle n'est associée à rien d'autre. Par contre, une odeur de loup et un bruit soudain inhabituel déclenche la fuite et une augmentation du rythme cardiaque. 

Ceci dit, un cheval peut associer une odeur à un événement désagréable, et dans ce cas avoir des réactions à cette seule odeur. 

4 - Le goût chez le cheval

Peu d'études ont été réalisées dans ce domaine, ce qui est étonnant étant donné que l'alimentation est un soucis majeur et perpétuel pour les éleveurs et propriétaires de chevaux. 

Les récepteurs du goût sont les papilles gustatives, principalement situées sur la langue du cheval mais aussi dans d'autres endroits de la bouche et dans la partie postérieure de la gorge. 

En fait le goût et l'odorat sont très liés, ils ont une perception conjointe. (L'astuce de manger en se pinçant les narines pour moins sentir le goût le prouve)

Étant incapable de vomir, on pense que le goût comme l'odorat jouent un grand rôle pour éviter d'avaler des aliments toxiques pour le cheval. Ceci dit ce n'est pas infaillible !

Dans l'ouest des Etats-Unis on relève des signes manifestes d'intoxication par certaines espèces d'oxytropes et d'astragale, alors qu'ils ont d'autres ressources suffisantes à disposition... 

Le cheval est capable de distinguer l'amer, le sucré, le salé, l'acide. 

A l'état naturel, les chevaux consomment plus de 50 variétés de ressources fourragères et manifestent un même intérêt pour la diversité à l'état domestique. 

Tous les chevaux ne réagissent pas de la même façon aux différents goûts, d'ailleurs vous avez pu remarquer qu'ils ne sont pas tous fans des mêmes friandises. 

Il est possible de rendre appétant un aliment d'habitude rejeté par le cheval, ou d'améliorer l'acceptabilité de tout aliment en lui donnant un goût qu'ils aiment. 

D'après des tests (à poursuivre), les flaveurs ajoutées les plus appréciées parmi 15 proposées ont été : fenugrec, banane, cerise, romarin, cumin, carotte, peppermint et origan (avec finalement victoire finale de la banane). 

 

Une bonne astuce pour leur faire prendre un vermifuge ou autre médicament est de le mélanger à de la compote de pomme par exemple ! (Pour les vermifuges actuels ils sont souvent d'office rendus appétissants par les fabricants). L'inverse fonctionne aussi, on peut "dégoûter" un cheval d'une nourriture en y ajoutant un goût qu'ils ne supportent pas.

Une recherche a proposé une ration de granulés mélangés avec un peu de piment à des poneys. Certains n'ont pas voulu les manger, alors que d'autres avalaient une ration 4 à 6 fois plus pimentée !

5 - Le toucher chez le cheval

La sensibilité tactile des poils et de la peau du cheval est facilement prouvée par les insectes piqueurs. Leurs attaques ou simplement leur présence provoquent des frémissements, des mouvements divers pour les chasser et cela sur toute l'étendue de la peau. 

La peau est une barrière anatomique et physiologique entre l'environnement externe et le milieu interne. Elle contribue à la thermorégulation, elle est dotée de récepteurs de chaleur, de froid, de douleur, de démangeaison, de contact, de pression.

La sensibilité tactile se manifeste lors des phases de grattages, que ce soit avec son propre sabot, contre un congénère, un humain ou un arbre... Pendant les roulades. Toutes ces actions ont une fonction hygiénique, faisant tomber les poils morts et les parasites, probablement aussi de massage, et peuvent aussi avoir une signification sociale. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a été démontré que gratter un cheval au garrot pouvait faire baisser son rythme cardiaque, cela a donc un effet apaisant. Vous pouvez penser à cette récompense, surtout si vous êtes encore adeptes des claques de récompense qui elles apportent plus d'inconfort qu'autre chose à votre cheval. 

Le toilettage mutuel ou allo-grooming (deux chevaux qui se grattent dans des zones précises dont le garrot) a donc plusieurs fonctions : Hygiène, détente, affiliation (établissement et maintien des liens). 

Les poils tactiles ou vibrisses qu'il a sur le nez, le menton et autour des yeux lui sont bien utiles, notamment pour compenser les zones aveugles dont on a parlé en début de page et dans l'obscurité. Il évite grâce à cela de se cogner à sa mangeoire, par exemple.

Ainsi le fait que certains les coupent par soucis d'esthétisme est clairement une gêne pour les chevaux. (C'est interdit en Suisse)

Certaines zones sont particulièrement sensibles, cela dépend de l'épaisseur du poil et de la peau ainsi que du nombre de récepteurs présents.

Le garrot, les lèvres, le bout du nez, les paupières, l'intérieur et le tour des oreilles, les flancs, le ventre, l'intérieur des jambes... 

Le Dr Lydia Tong et Carol Saslow ont comparé la peau humain et équine avec soin, et elles concluent que les flancs du cheval sont plus réceptifs à la sensation (pression, douleur) que notre mollet humain, voire plus sensible que le bout de nos doigts !

"Les chevaux sont en mesure de réagir à des pressions qui sont trop légères pour être ressenties par des humains."

Bon à savoir, non ? 

Cependant chaque cheval a sa propre sensibilité, c'est d'ailleurs l'un des critères choisis pour établir le tempérament d'un cheval. Donc votre contact avec le cheval doit être adaptée à sa sensibilité, pendant les manipulations, au pansage ou à la monte ! 

Il peut aussi y avoir des périodes où les juments sont plus sensibles au toucher. 

Le sens tactile passe aussi par les pieds du cheval : les sabots sont pourvus de mécanorécepteurs, des thermorécepteurs et des nocirécepteurs ainsi que de terminaisons nerveuses. Les chevaux qui approchent une surface inconnue ou incertaine vont d'abord toucher et gratter du sabot pour la tester, avant de s'y engager. Et gratte aussi le sol avant de se rouler, afin de choisir un terrain approprié. Ils perçoivent aussi les vibrations, d'où l'inquiétude à marcher sur un sol "vide en dessous", comme un pont sur l'eau ou un pont de van ! 

6 & 7 - Les sens "internes" du cheval

En plus des 5 sens courants, le cheval possède deux autres systèmes sensoriels qui traitent les informations venues de sources internes plutôt qu'externes (tout comme les humains). 

 

Le système vestibulaire Le système vestibulaire est un organe sensoriel barosensible, situé dans l'oreille interne, qui contribue à la sensation de mouvement et à l'équilibre chez la plupart des mammifères. Il réagit aux changements de position de la tête. Fonctionnant grâce à des récepteurs situés dans l'oreille interne, il est essentiel pour l'équilibre et la sécurité posturale.

Les troubles du système vestibulaire peuvent conduire à des vertiges. On peut comparer l'oreille interne à une centrale inertielle.

Le système proprioceptif ou sensibilité profonde donne la conscience interne de l'endroit où se trouvent les différentes parties de notre corps dans l'espace, ce qui est essentiel pour la conscience spatiale et la coordination des mouvements. Les récepteurs proprioceptifs, situés dans les articulations et les muscles, répondent à la compression des articulations ou au mouvement.

La proprioception est la faculté qu’ont les articulations du corps à se positionner dans l ‘espace de manière adéquate et précise en fonction des besoins sans qu’intervienne une action de commande volontaire. Les articulations envoient l’information positionnelle directement au cerveau par l’intermédiaire de mécanorécepteurs situés dans les ligaments et tendons articulaires et la commande se fait du cerveau vers les articulations par arc réflexe.

Les informations des systèmes tactiles et proprioceptifs sont transmises par nos nerfs le long de la colonne vertébrale et captées par une partie de notre cerveau qui les enregistrent : le cortex somatosensoriel. 

Cette partie du cerveau se distingue par une représentation plus ou moins prononcée de certaines parties du corps : face et gueule des chiens qui possèdent un très grand nombre de terminaisons nerveuses, mains et doigts chez les humains.

 

Après le traitement de l'information sensorielle, le cerveau renvoie des signaux aux muscles pour la maîtrise de la posture et du mouvement, permettant la coordination et des gestes complexes.

Ces signaux permettent au cheval de procéder aux ajustements nécessaires à un mouvement en particulier. 

 

Cette transmission bidirectionnelle déclenche aussi la production de sérotonine, un neurotransmetteur qui génère une sensation de sécurité et de contentement. La pression active la partie parasympathique du système nerveux, soit celle qui est responsable de la régénération et de la détente.

(8 - L'intuition du cheval)

Un jour je vous donnerai une explication scientifique, peut-être même avec un schéma comme pour la vision ou l'ouïe. Pour l'instant, il n'y a que des pistes, avec des expériences probantes mais cela reste des pistes non officiellement reconnues. 

Il existe un mode de pensée / communication intuitif, qu'utilisent les animaux entre eux, qu'ils utilisent aussi avec nous, que nous en soyons conscients ou non. Nous avons parlé de la finesse de leur lecture corporelle, mais peut-être bien que Hans percevait autre chose que les millimètres de mouvements physiques des testeurs... 

La communication intuitive permet de recevoir des informations sous diverses formes (images, émotions, ressentis physiques) en se connectant d'esprit à esprit, sans contrainte de distance. C'est une capacité naturelle pour les animaux et les humains, seulement nous "nous fermons" à cette capacité très tôt, les animaux pas. Tout le monde peut la redécouvrir, cependant. 

Vous trouverez beaucoup à lire si vous voulez chercher des informations sur la communication intuitive animale, ouvrages édités, sites, témoignages... 

Par contre, évitez peut-être cette réponse à vos examens FFE pour l'instant ;) 

Conclusion générale

Porthos, Poly et Athos au club de Bamako... Je pense qu'ils observaient un cheval ou une jeune ponette passer.

Sur cette page j'ai voulu écrire des choses aussi éxactes et scientifiquement étayées que possible.

J'ai en tout cas chercher à recouper les informations et à trouver à chaque foisles sources des affirmations croisées... 

La science éthologique est une source passionnante d'informations je trouve, et ce n'est que le début ! Il est cependant possible que des connaissances actuelles se révèlent fausses par la suite. 

J'ai souhaité; grâce à toutes ces informations, vous  permettre  d'avoir une meilleure lecture de l'animal cheval et de la relation que l'on peut tous lui proposer. A la lecture de ces éléments , on se rend compte qu'il y a toujours une bonne raison pour le cheval d'agir / réagir comme il le fait. 

Toute connaissance est bonne à prendre pour décoder au fur et à mesure le comportement du compagnon que nous avons choisi de côtoyer. 

 

Et si grâce à cela nous pouvons nous montrer plus juste, compréhensif et agréable pour lui, cela n'en sera que mieux ! (En plus il vous le rendra bien). 

 

N'hésitez pas à poser d'éventuelles questions par mail, sur fb... 

Ou bien à me signaler quelque chose à rectifier, ou ajouter, je suis preneuse aussi ! 
 

Merci de votre lecture.